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Quand une glace à la fraise vous envoie en Angleterre…

Milan Kundera

Alors que je participais à une fête, l’heure fatidique du dessert a sonné et, chez moi, on ne badine pas avec le sucré. Je succombe à ce goût sulfureux de plaisirs assouvis dans une culpabilité inavouée parce que partagée et acceptée. Seulement, je vois défiler l’un après l’autre des desserts au chocolat, certes, qui ont l’air succulents, mais j’avoue ne pas porter au chocolat une attention particulière, du moins l’attention qu’il mériterait d’après ce qu’en disent d’autres spécialistes.

Quoiqu’il en soit, en apercevant une glace à la fraise et sa garniture, j’ai foncé droit dessus. C’est à peine si je n’ai pas fait tomber quelques enfants au passage, façon Jason Bourne en pleine course-poursuite dans un marché bondé, seulement pour m’asseoir près de mon précieux dessert. A ce moment-là, j’ai rencontré mon crush gustatif, une femme brune, assez petite de taille qui avait le même visage avide que moi. De fraise en aiguille, j’ai passé un long moment avec elle, nous avons échangé sur nos vies respectives, notre motivation à être ici, à cette fête, avec qui, quelles circonstances… Nous avons essayé de lisser notre trajectoire pour la rendre la plus limpide possible, la plus lisible possible.

Puis, nous avons abordé la question de l’écriture, elle voulait rédiger ses mémoires, retracer des bribes de sa vie, non de manière lisse mais en adoptant un angle décousu, à l’image de sa mémoire. Je lui ai dit que j’écrivais, notamment pour autrui. C’est d’abord ce qui nous a liées, puis elle m’a parlé de l’Angleterre, de la facilité d’y séjourner, de l’esprit particulier de ce pays alors je me suis prise au jeu. J’ai entrepris un voyage en terres shakespeariennes. De cette expérience so british ont découlé de nombreux projets et de nouvelles envies.

Pourquoi y ai-je repensé maintenant? Parce que la lecture de « L’incroyable légèreté de l’être » de Milan Kundera a soulevé beaucoup de questions qui stagnaient en moi ou que je n’avais pas cherché à approfondir, par oubli, par peur justement de cette pesanteur ou par suspicion de lâcheté. Ce livre m’avait été conseillé sur LinkedIn lorsque j’avais posé la question d’un ouvrage qui peut profondément bouleverser ses lecteurs.

Bingo! L’histoire de la glace à la fraise n’est que le prémisse d’un assemblage de missions scrupuleuses, que j’aurais appelées « pesanteurs », dans le vocabulaire de Kundera, pour lesquelles je me dévoue et que je croyais profondes, empreintes de cette sévérité due à une tâche importante presque pure. Et là, tout a dégouliné, tout ne vient que d’une fraîcheur fruitée. Je me suis alors pris en pleine face tous ces signes que je croyais austères, respectables, du moins sincères et qui pourtant n’étaient que des successions plus ou moins imagées de ma conscience. La synthèse des échos d’envies avec un amoncellement d’occurrences plus ou moins prévisibles.

Pensais-je réellement que d’une désorganisation arbitraire ou fortuite naîtraient les rouages d’une logique cartésienne qui, à son tour, dessinerait les nouveaux sillons d’un univers circonscrit et maîtrisé?

Alors dans quels cadres faisons-nous nos choix? Et la question qui brise l’assurance de l’ « être », en quoi ce sont des choix? J’ai appliqué la méthode « Kundera » à de nombreux aboutissements et le résultat m’a stupéfaite! Au départ, sommeille une erreur dans la linéarité de la temporalité et de cet accroc abonde ce qui remplit dès lors mon univers. Oui, ma rivière symbolique prend sa source en amont dans une glace à la fraise, comme Tereza et Tomas se sont unis sur une sciatique…

 

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