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Pourquoi lire un livre dont on devine trop facilement l’issue?!

Je discutais avec une amie de mes lectures du moment et en lui racontant la quatrième de couverture du livre que j’écoutais sur Audible, elle m’a dit « oh oui, on ne se doute pas du tout de la fin! » et on a ri. Mais elle m’a fait réfléchir. Elle avait raison. En achetant le livre, je savais, sans les détails certes, ce que l’histoire allait raconter et je devinais même, sans trop de difficultés, l’issue qu’elle prendrait. Alors pourquoi avoir voulu lire ce livre?!

Il s’agit de « the flatshare » (le colocataire) de Beth O’Leary, je n’ai pas trouvé de version française, je crois qu’il n’existe qu’en anglais. L’idée est simple mais m’a paru originale sur le moment : Tiffy a besoin de trouver un logement dans lequel dormir la nuit, Leon, travaillant de nuit, s’accommode d’y dormir en journée. Ils vont donc partager le même logement. Le hic : les deux colocataires ne se sont jamais rencontrés alors qu’ils partagent le même lieu de vie.

L’étranger, ce mystère

En premier lieu, j’ai cru être happée par l’idée de l’inconnu. Comment vivre avec un étranger? Comment peut-on partager un lieu si intime, notre quotidien, sans connaître la personne ? L’indéterminé dérange. Le caractère ténébreux entre les personnages perturbe.

Il m’a fait penser à un article qui explique à quel point les masques peuvent être anxiogènes chez certaines personnes parce qu’elles n’ont alors pas accès à l’identité de ses interlocuteurs et des personnes qui l’entourent en général. Certes, comme l’explique Levinas, l’autre nous nargue avec son visage car on n’en saisit jamais l’être profond mais sans le visage, c’est encore plus déstabilisant.

Mais finalement, suis-je vraiment déboussolée? Les personnages ne se connaissent pas, mais le lecteur les découvre ensemble. On les apprivoise simultanément. L’esquive des deux personnages entre eux ne cache-t-elle pas une situation, au contraire, bien connue?  Les jeux sont faits parce que justement, ils nous sont, non pas méconnus, mais bien familiers depuis des années. Cette situation a même bercé nos nuits plus jeunes.

Le saut dans l’inconnu devient la consolation des contraires

On garde des contes que nous écoutions enfants l’idée que la rencontre de l’âme soeur viendra de la manifestation de l’étranger qui résulte souvent d’un opposé. La belle et la Bête, Jasmine et Aladdin, la petite sirène. Ces amours reposent sur l’inconnu mais surtout sur la confrontation d’un antagonisme insoluble.

Finalement, le choix de ce livre provient davantage du sentiment d’un terrain bien connu plutôt que d’une hypothétique volonté de découvrir l’étranger. Ce livre m’a rappelée, à mon sens et surtout à mon insu, des situations maintes fois répétées dans les récits de l’enfance. Si je ne cherchais pas l’originalité, je reviens à ma première question : pourquoi lire un livre dont on connait pratiquement la fin? Certains invoqueraient les sentiments explorés, la qualité du style, la pratique de l’anglais en l’occurrence. Mais j’insisterais davantage sur l’envie de symbiose  et de se rappeler que de l’inconnu naissent des sources vivifiantes.

J’aime entrevoir que des situations les plus inextricables peuvent émerger les histoires les plus émouvantes et d’entremêlements anguleux subsistent une positivité inhérente et essentielle à notre humanité.

C’est enfin le Yin et le Yang qui se rencontrent et s’unissent. Tiffy et Leon représentent l’équilibre perdu qui se réconcilie au fil de l’histoire. L’entité du jour et celle de la nuit finissent par se rencontrer et tissent une relation extra-banale, qui fusionne et dépasse les autres types de sentiments.

Petit bémol de fin : en dehors de la symbolique que j’ai pu dresser, je ne conseille pas ce livre dont les personnages adoptent des attitudes tirées par les cheveux virant vers un kitsch lassant à partir du milieu de l’ouvrage.

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